Articles de isabelle_aubry
La maison des hautes falaises de Karen Viggers

Peu de temps après son arrivée, sa route croise celle de Callista, artiste-peintre passionnée, elle aussi blessée par la vie.
Dans la lignée de La Mémoire des embruns, ce roman tout en finesse est une véritable ode à la nature et à son admirable pouvoir de guérison.
Ce matin-là de Gaëlle Josse

Elle parle du temps impossible à dilater, à suspendre, l'aiguille de la montre qui court trop vite, en retard, en retard, comme le lapin d'Alice, et les tâches, les rendez-vous qui s'accumulent, les contrôles qui se multiplient. Elle parle du mépris envers les clients qu'il faut pressurer et elle dit qu'elle ne peut plus. Elle raconte les week-end englués dans l'insomnie et le trop de sommeil, les dimanches soir qui commencent de plus en plus tôt, au réveil parfois. Elle parle des kilos perdus et de l'impossibilité de se nourrir. Cette impression qu'elle a de rejouer la même scène, d'un médecin à l'autre, et elle se demande si ça va être comme ça, sa vie, raconter son histoire, et la raconter encore pour qu'on soit bien sûr qu'elle va mal."
Replay de Ken Grimwood

Très bon livre que voilà ! Le thème y est évidemment pour beaucoup : Replay parle en effet et comme son titre l’indique d’un homme qui n’a de cesse de recommencer sa vie, encore et encore et pour une durée qui semble éternelle. Un thème très séduisant, donc, car intriguant : qui n’a jamais caressé l’espoir ou à tout le moins, rêvé d’avoir une seconde vie pour agir ou considérer ses choix différemment ?
[L’auteur est mort d’une crise cardiaque… comme le personnage principal de Replay qui meurt dès la première page du roman.
Le hasard est d’autant plus ironique que Ken Grimwood est mort alors qu’il était en pleine écriture d’une suite de Replay, 15 ans après, lui qui avait repoussé l’idée jusque là…]
Le dit de Tian Yi de F. CHENG
Ses travaux se composent de traductions des poètes français en chinois et des poètes chinois en français, d’essais sur la pensée et l’esthétique chinoises, de monographies consacrées à l’art chinois, de recueils de poésies, de romans et d’un album de ses propres calligraphies.
Je suis une légende de R. Matheson

Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l'ultime survivant d'une espèce désormais légendaire.
Parfaitement calibré sur 3 années et avec un art très cinématographique mêlant flash back, ellipses et rencontres inopinées, Matheson sait maintenir le rythme et ménager quelques chutes à suspense pour tenir son lecteur en alerte. Sans pour autant trop en faire.
Le pays des autres de L. Slimani
"En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s'éprend d'Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l'armée française.
Après la Libération, elle quitte son pays pour suivre au Maroc celui qui va devenir son mari. Le couple s'installe à Meknès, ville de garnison et de colons, où le système de ségrégation coloniale s'applique avec rigueur.
Amine récupère ses terres, rocailleuses ingrates et commence alors une période très dure pour la famille.
Mathilde accouche de deux enfants : Aïcha et Sélim.
Au prix de nombreux sacrifices et vexations, Amine parvient à organiser son domaine, en s'alliant avec un médecin hongrois, Dragan Palosi, qui va devenir un ami très proche.
Mathilde se sent étouffée par le climat rigoriste du Maroc, par sa solitude à la ferme, par la méfiance qu'elle inspire en tant qu'étrangère et par le manque d'argent. Les relations entre les colons et les indigènes sont très tendues, et Amine se trouve pris entre deux feux : marié à une Française, propriétaire terrien employant des ouvriers marocains, il est assimilé aux colons par les autochtones, et méprisé et humilié par les Français parce qu'il est marocain. Il est fier de sa femme, de son courage, de sa beauté particulière, de son fort tempérament, mais il en a honte aussi car elle ne fait pas preuve de la modestie ni de la soumission convenables.
Alors qu'Amine commence à récolter les fruits de son travail harassant, des émeutes éclatent, les plantations sont incendiées : le roman se clôt sur des scènes de violence inaugurant l'accès du pays à l'indépendance en 1956."
L'auteure décrit très bien les difficultés de ce couple mixte face aux populations locales et aux Français installés en vainqueurs dans ce pays dont ils méprisent les habitants. Ils sont étrangers à tous.
Très beau roman bien documenté.
Lumière d'août de W. Faulkner
Et entre ce début et cette fin qui irradient cette lumière présente dans le titre, il y a la violence, l'injustice, la bêtise et la souffrance d'êtres qui n'arrivent pas à trouver leur place.
- J'ai du sang noir.
Elle resta étendue, parfaitement immobile, mais d'une immobilité différente. Mais il ne parut point s'en apercevoir. Il était couché, calme aussi et, de sa main, doucement lui caressait le flanc.»
Nuit de la lecture 2021
Une lecture d'un conte de Noël...
La goûteuse d' Hitler de Rosella Postorino
Un livre de la bibli de V.le C..
L'historien Arnd Bauerkämper lui, confirme qu'Hitler a utilisé des goûteurs parce qu'il avait peur d'être assassiné. Il avait son cuisinier personnel.

Mais devient-on implicitement coupable dès lors qu’on est inapte ou qu’on refuse d’agir ? « C’est une faute métaphysique, celle de rester vivant tandis que les uns et les autres succombent ou vivent des injustices. Ça ne concerne pas uniquement les gens qui ont vécu la Deuxième Guerre mondiale ou un régime dictatorial. »
« On ne bouge pas ! Rassieds-toi ! »
Elle s’est laissée retomber comme s’ils lui avaient donné une bourrade. Une de ses tresses roulées en macaron s’est échappée de son épingle dans un léger balancement.
« Vous n’avez pas le droit de vous lever. Vous resterez ici, à table, jusqu’à nouvel ordre. En silence. Si les plats sont empoisonnés, l’effet sera rapide. » Le SS nous a dévisagées une à une, guettant nos réactions. Personne n’a bronché. Puis il s’est adressé de nouveau à celle qui s’était levée : elle portait le Dirndl traditionnel et avait peut-être voulu manifester sa déférence. « C’est l’affaire d’une heure, rassure-toi. Dans une heure, vous serez libres.
– Ou mortes », a souligné un de leurs hommes."
Ma fureur de Jenny Downham
Aperçu : C'est l'histoire de Lexi, adolescente explosive qui laisse souvent la colère l'emporter. S'agit-il d'une crise d'adolescence ou de maltraitance ? La question est posée dès la couverture. Le début prend son temps, on a du mal à se faire une opinion car il faut saisir la complexité des situations, des personnalités : l'auteur nous promène dans la psychologie des personnages qu'elle sait rendre attachants.
Pour moi, un roman féministe au vrai sens du terme : une histoire de parole, de prise de conscience, d'émancipation. La maltraitance sans sensationnalisme : pas de viols, d'attouchements ou de coups. Les hommes et les femmes sont décrits avec qualités et défauts, forces et faiblesses, à égalité. Pas de manichéisme. L'héroïne, adolescente en construction est un personnage attachant : son évolution est crédible. Les parrallèles avec les contes de fées sont amusants.
Filles de la mer Mary Lynn Bracht
Un superbe livre qui nous vient de la Bibliothèque de Melun. (590p, car dans la version"grands caractères")
M.L.BRACHT :
Américaine d'origine sud-coréenne, Mary Lynn Bracht, née en 1978, vit à Londres depuis plus de dix ans. Elle a obtenu un master de Creative Writing à Birkbeck en 2015.
Ce livre est son premier roman !
4ème de couverture :
Sur l'île de Jeju, au sud de la Corée, Hana et sa petite soeur Emi appartiennent à la communauté haenyeo, au sein de laquelle ce sont les femmes qui font vivre leur famille en pêchant en apnée.
(1943). Un jour, alors qu'Hana est en mer, elle aperçoit un soldat japonais sur la plage qui se dirige vers Emi. Aux deux filles on a maintes fois répété de ne jamais se retrouver seules avec un soldat. Craignant pour sa soeur, Hana rejoint le rivage aussi vite qu'elle le peut et se laisse enlever à sa place. Elle devient alors, comme des milliers d'autres Coréennes, une femme de réconfort en Mandchourie.
Ainsi commence l'histoire de deux soeurs violemment séparées. Alternant entre le récit d'Hana en 1943 et celui d'Emi en 2011, Filles de la mer se lit au rythme des vagues et dévoile un pan sombre et bouleversant de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale en Asie. Au fil du récit, par la grâce de leurs liens indéfectibles, les deux héroïnes nous ramènent vers la lumière, ou l'espoir triomphe des horreurs de la guerre.
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Côté historique :
Roman qui dénonce le traitement infligé aux filles et femmes coréennes par les troupes japonaises durant la Seconde Guerre mondiale.
2015... Près de 70 ans (!) se sont écoulés avant que le Japon demande pardon officiellement à la Corée du Sud, et accepte d'indemniser les rares survivantes d'une tragédie sans nom.
Honte, culpabilité et déshonneur :
c'est ce qui a muré dans le silence des milliers de femmes pendant plus de 45 ans... Jusqu'à ce courageux témoignage en 1991 d'une certaine Kim Hak-sun, enlevée à l'âge de 16 ans à l'époque des faits.
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Filles de la mer raconte cette effroyable exploitation humaine que fut celle des "femmes de réconfort" : près de 200 000 jeunes filles et femmes kidnappées par l'armée japonaise, principalement en Corée, en Chine et aux Philippines.
Ainsi s'est constitué cet immense réseau d'esclaves sexuelles destinées aux soldats, réparties dans de sordides maisons de passe à travers les territoires occupés.
Ce roman est une fiction, construite sur les bases d'une effroyable, et bien réelle, tragédie humaine.
Deux héroïnes, deux soeurs, deux destinées, à 68 ans d'intervalle.
1943 : Hana, 16 ans, se fait enlever par des soldats, sur la plage où elle a l'habitude de plonger en mer et de pêcher (c'est une haenyeo) avec sa mère. Voulant protéger sa petite soeur Emiko d'un kidnapping imminent, elle honore ainsi sa promesse tout en se sacrifiant. Et quel sacrifice !!
Celui de son innocence, de son identité, de sa joie de vivre, arrachée à sa terre, aux siens pour toujours...
2011 : Emiko, 77 ans, prend part aux manifestations annuelles devant l'ambassade du Japon, pour soutenir les rares "femmes de réconfort" survivantes, qui réclament depuis 10 ans au gouvernement japonais reconnaissance et réparation. Elle garde le fol espoir d'y reconnaître peut-être sa soeur Hana...
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EXTRAITS :
- "Nous plongeons dans l'océan comme nos mères et nos grands-mères et nos arrière-grands-mères l'ont fait avant nous depuis des centaines d'années. Ce don est notre fierté, car nous ne dépendons de personne, ni de nos pères, ni de nos époux, ni de nos grands frères, ni même des soldats japonais pendant la guerre. Nous attrapons nous-mêmes notre nourriture, nous gagnons nous-mêmes notre argent, nous survivons grâce à ce que la mer nous offre. Nous vivons en harmonie avec la nature."
- "Plonger est un don. […] Flotter apaise son corps endolori. Retenir sa respiration pendant parfois deux minutes entières pour chercher des trésors de la mer est une forme de méditation."
- "Hana a seize ans et ne connaît rien d'autre qu'une vie sous l'occupation. Le Japon a annexé la Corée en 1910, et Hana parle couramment le japonais, a appris à l'école l'histoire et la culture japonaises et n'a pas le droit de parler, de lire ou d'écrire dans sa langue maternelle, le coréen. Elle est dans son propre pays une citoyenne de seconde zone à qui ne sont laissés que des droits de seconde zone, mais cela n'entache en rien sa fierté d'être coréenne. Hana et sa mère sont des haenyeo, des femmes de la mer, des femmes qui travaillent pour leur propre compte. Leur communauté, issue d'un petit village côtier du sud de l'île de Jeju, plonge dans une crique invisible depuis la route principale menant à la ville."
- "Hana hurle, mais il ne s'arrête pas. Aucun d'entre eux ne s'arrête. Hana finit par se taire ; par rester inerte alors que les soldats la souillent, les uns après les autres.
La nuit est tombée lorsque le défilé s'interrompt. Hana gît sur le tatami tâché de sang, à demi consciente, perdue dans d'indescriptibles ténèbres"
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ET en ces temps de confinement.... un peu d'évasion...d'étonnement....et d'admiration....:
Les sirènes de Corée : les pêcheuses en apnée de Jeju-do.
❤❤❤❤
Belles lectures !
The bookshop d'Isabel Coixet
Aperçu : Florence Green décide de racheter "The Old House", une batisse désaffectée dans une modeste bourgade anglaise, pour y installer la librairie de ses rêves. Elle rencontre l'hostilité de la notable du coin qui tente de nuire à son projet par tous les moyens à sa portée.
Un film de 2017 à voir d'abord pour la beauté des paysages mais aussi pour l'amour des livres qui deviennent des personnages à part entière. A voir ensuite pour la peinture de la société, d'une acuité et d'une férocité acérée.
Isabel Coixet, réalisatrice espagnole née en 1960, focalise sur le rôle des petites mains, promptes à se mettre au service du plus fort avec le sentiment du devoir accompli et qui n'éprouvent pas de culpabilité car "elles n'y sont pour rien".
A savourer : le passage où, bien avant l'heure, les livres sont définis comme des biens essentiels... A voir gratuitement en ce moment sur Arte ou la médiathèque numérique...
Film adapté de la nouvelle du même nom de Pénélope Fitzgerald (1978).
I love you so mochi de Sarah Kuhn
Aperçu :
Kimi est une adolescente qui a tout pour être heureuse mais elle doit choisir ce qu’elle veut faire de sa vie et ce choix n’est pas facile… Après une dispute avec sa mère, sur une invitation de ses grands-parents, elle part au Japon, à la découverte d’elle-même…
Ce roman « young adult » est certes à classer dans le style « feel good » avec son fond de jolie romance mais il dépasse ce cadre. D’abord parce qu’il permet de découvrir le Japon et certaines traditions (même s’il faut être indulgent avec quelques clichés). Ensuite parce qu’il intègre une belle réflexion sur les rapports intergénérationnels, sur la transmission et la manière dont elle s’opère. Enfin, parce qu’il véhicule des passions : qu’il s’agisse de la mode ou de la nourriture, il y a une invitation à la pleine conscience qui n’est pas antagoniste avec le rêve.
Un roman à savourer comme un mochi…
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Belles lectures !
Un monstre à Paris
Aperçu :
A Paris, en 1910, on suit Emile, passionné par le cinéma naissant et amoureux timide, dans une série d’aventures qui vont de la fabrication d’un monstre à son sauvetage. Au passage, les personnalités de tous les protagonistes de cette histoire se révèlent, invitant chacun à dépasser les apparences et à s’ouvrir à l’autre. Une réussite visuelle et sonore avec la musique composée par Matthieu Chedid et Patrice Renson.
Un film particulièrement en phase avec l’actualité car il parle de nos peurs. Mais il peut aussi être vu simplement à hauteur d’enfant…
Notez que grâce à votre inscription à la bibliothèque, vous pouvez vous inscrire gratuitement à la médiathèque numérique du 77 et ainsi le voir gratuitement…
Lien ici
❤❤❤
Bon visionnage !
Un Noël pour le loup de Thierry Dedieu
Aperçu :
Le loup décide de préparer un festin de Noël pour tous les habitants de la forêt. Et il le fait correctement : pour preuve, aucun des animaux invités ne se retrouvera au menu ! Il respecte même les préférences alimentaires de chacun... Et il prépare de beaux cadeaux. Mais personne n’arrive… Les bêtes, pas bêtes, craignent le piège et restent au loin, à observer le loup… Que va faire ce loup ingénieux ?
Un bel album de Noël, aux splendides illustrations… Une histoire pleine de patience et d'amour, invitation à prendre ce qui vous arrive avec philosophie et à en tirer du bonheur… L’auteur rappelle aussi, que les relations peuvent être longues à nouer, qu'elles se développent par étapes, avec des attentions modestes…
Un livre à lire et à réfléchir, de 7 ans à 77 ans…
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Belles lectures !
River of time de Jon Swain

❤❤❤
Meurtres pour rédemption de Karine Giebel
Aperçu :
Les Morsures de l'ombre
Juste une ombre
Purgatoire des innocents

- Mais il y a des barreaux!
- Les barreaux n'empêchent pas l'air de rentrer que je sache! Allez, dépêche-toi, je te ramène et je rentre chez moi. Enfin ! Dure journée...
- Toi au moins, t'as pas de barreaux aux fenêtres !
- Si. J'habite au rez-de-chaussée.....
De pierre et d'os de Bérengère Cournut
Un temps secrétaire du traducteur Pierre Leyris, dont elle accompagne les œuvres posthumes chez l’éditeur José Corti (Pour mémoire, 2002 ; La Chambre du traducteur, 2007), elle publie son premier roman, "L’Écorcobaliseur", en 2008.
Édition augmentée d'un cahier de photographies.

Les Inuit sont les descendants d’un peuple de chasseurs nomades se déployant dans l’Arctique depuis un millier d’années. Jusqu’à très récemment, ils n’avaient d’autres ressources à leur survie que les animaux qu’ils chassaient, les pierres laissées libres par la terre gelée, les plantes et les baies poussant au soleil de minuit. Ils partagent leur territoire immense avec nombre d’animaux plus ou moins migrateurs, mais aussi avec les esprits et les éléments. L’eau sous toutes ses formes est leur univers constant, le vent entre dans leurs oreilles et ressort de leurs gorges en souffles rauques. Pour toutes les occasions, ils ont des chants, qu’accompagne parfois le battement des tambours chamaniques.
Une vieille raconte aussi le grand voyage qu'ont fait ses parents bien avant sa naissance, les périls qu'ils ont enduré en traversant les glaces. Il paraît qu'à une époque retirée, on pouvait rejoindre en hiver une île lointaine où le gibier abonde. depuis, les courants ont changé, et il n'est plus possible de s'y rendre en traîneau. Ainsi se meut notre territoire dans une grande respiration qui nous entraîne."
La terre qui penche de Carole Martinez

Blottie dans mon ombre, tu partages ma couche.
Tu dors, ô mon enfance,
Et, pour l’éternité, dans la tombe, je veille.
L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend.
Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais?
Par la force d’une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve...
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Blanche ne rêve que de savoir lire et écrire.
Aussi, lorsque celui-ci emmène Blanche, sans la moindre explication, au Domaine des murmures, après l’avoir revêtue de ses plus beaux atours, elle qui jusqu’ici n’eut droit qu’à des hardes, la jeune fille tente de comprendre ce qu’on attend d’elle.....
Ils étaient si petits lors du premier passage de la Male Mort, presque dix ans plus tôt, qu'elle n'en avait fait qu'une bouchée...
C'est alors que, pour lutter contre le vide, les femmes se sont remises à l'ouvrage. Elles ont travaillé à repeupler la terre. Leurs ventres se sont enflés de petits...
Les femmes ont engendré de la jeunesse à foison pour résister à leur grande peine, pour ravauder leurs coeurs."
Je me souviens, car tu as gardé ta vie intacte dans ta mémoire de petite fille et que tu la parcours, à voix haute, tandis que tu dors. Alors, tout contre toi, moi, « la vieillarde », j’écoute mon enfance causer. Je t'écoute conjuguer jadis au présent et je m’émerveille."
La serpe de Philippe Jaenada

Georges Girard, sa soeur Amélie, et Louise la bonne, sont découverts sauvagement assassinés à coups de serpe.
Le seul survivant Henry, le fils de Georges, est tout de suite inculpé car tout l'accuse...
De plus, il était le seul héritier des deux victimes et, manque de chance ou préméditation, il venait d'emprunter deux jours avant, l'arme du crime, et avait obligé son père à venir les rejoindre au château, alors qu'il n'avait pas l'intention d'y venir.
Aucune porte n'a été fracturée et les témoignages ne concordent pas.
Alors que tout le monde le pense coupable, il sera pourtant acquitté lors de son procès aux assises, en 1943, après 19 mois d'emprisonnement dans les conditions terribles de l'époque…
Maurice Garçon, son avocat, un ami de son père, a fait une plaidoirie remarquable et les jurés, convaincus de son innocence, ont à peine pris le temps de délibérer...
Henry Girard est libre, certes, mais il sera poursuivi toute sa vie par cette accusation et ne se remettra jamais de la perte de ses proches.
